Je fais partie des gens qui ont la poisse. Bien-sûr, il y a nettement plus malchanceux que moi, il y en a qui dorment dehors alors que j'entends tomber la pluie, couchée au chaud dans mon lit, à l'abris.
Je dois avoir la poisse des "chanceux" alors.
Tout tombe toujours au mauvais moment, j'ai l'impression que chaque nouveau coup de malchance m'assène d'un coup de batte de baseball sur la nuque. Et je me lève chaque matin, en me demandant "alors, que va-t-il m'arriver aujourd'hui ?", et je me couche chaque soir avec des ecchymoses toujours plus grosses, qui me blessent toujours plus.
Et oui, quand ce ne sont pas les gens qui me déçoivent, ce sont les coups de matraque portés par la poisse qui me brisent.
Et il y a pire dans le cas poisseux. Un accident : voiture bousillée. Quelques jours plus tard, télé défaillante, et puis écran d'ordinateur qui lâche. Plus d'argent. Alors on attends. "Les choses que nous possédons finissent par nous posséder", est-il dit dans Fight Club, et c'est bien vrai. On pleure parce qu'on perd un bijou de technologie qui en même temps, représentait un lien jusqu'à la personne désirée. Et en même temps ça n'était qu'un objet ; oui, mais celui qui faisait tenir notre dose de bonheur quotidienne.
Je n'en peux plus de cette vie de consommation, où nous sommes bras et pieds liés par les câbles électriques qui font fonctionner nos propres machines.
Je regrette parfois de ne pas être née au fin fond de la forêt équatoriale, et d'avoir connu les progrès d'un monde que j'exècre.


